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C'est votre numéro-matricule originel que je
voudrais savoir.
-Je n'ai jamais entendu parler jusqu'ici d'une pareille
chose, avoua-t-elle enfin avec une telle expression de
stupeur que sa Proéminence, se souvenant brusquement
qu'il avait affaire à une fille continentale, s'oublia
jusqu'à lui jeter au visage :
-A quoi pensais-je ? Insensé qui gaspillerait son temps
à rechercher le numéro-matricule d'une fille non
immatriculée !
Son intention de l'humilier était si manifeste qu'elle
en rougit de déplaisir, - comme s'il eût dit : « une
fille d'origine inconnue, née de père et de mère
inconnus » - et que du coup, rejetant en arrière d'un
mouvement plein de vivacité sa longue chevelure
flottante, elle lui répliqua, ses yeux clairs rivés sur
les yeux mornes du monstre :
-Chaque pays a les lois qu'il lui plaît d'avoir.
Paroles insignifiantes en elle-mêmes mais prononcées de
telle façon, et accompagnées d'un tel regard, que
l'Ilesousclochien, redevenu plus doux qu'un agneau sous
le fer du tondeur, se prit incontinent à redouter les
entreprises dont la fille sauvage à petit crâne pourrait
être capable s'il commettait la folie de la contrarier
d'avantage.
Effectivement, s'empressa-t-il de reconnaître, chaque
pays a ses routines impératives bonnes ou mauvaises.
Rien de plus positivement scientifique. Et là-dessus,
tournant court, il lui demanda enfin, en se reculant
d'un pas ou deux, pourquoi elle avait frappé de la sorte
dans ses mains.
-Mes vêtements m'ont été enlevés tandis que je dormais.
-Par « vêtements » voulez-vous désigner cette espèce de
fourreau ligneux qui vous recouvrait lorsque vous
échouâtes sur le rivage de l'Ile, nul ne sait trop par
quel artifice ?
-C'était effectivement ma tunique ; rendez-la moi, s'il
vous plait, pour que je puisse me lever.
Comment l'Ilesouclochien l'eût-il cru lorsqu'elle se
prétendait incapable de quitter sa couche avant d'avoir
emprisonné ses membres dans ce sac ouvert des deux bouts
qu'elle appelait sa tunique ? Devant son air abasourdi,
elle tenta de s'expliquer :
-Dans mon pays...
-Un singulier pays, à ce que j'entends, sauf votre
grâce, fille sauvage ! trancha-t-il, sans oser toutefois
affronter à nouveau la flamme qui brillait dans son
clair regard.
« Ici notre régime climatérique est si égal que nous
n'avons jamais à en redouter aucune surprise, ni en trop
ni en trop peu.
-Ce n'est pas seulement cela ; je ne suis pas habituée à
me promener ainsi toute nue et j'aimerais...
-Laver et teindre votre corps avant de le propulser à
l'extérieur ?
-Teindre mon corps ?
-Et le laver. Rien n'est plus juste ! Mais excusez-moi,
reprit-il brusquement, comme s'il se fut souvenu de
quelque empêchement majeur, il serait en effet plus
rationnel que vous attendiez pour vous lever la décision
du Grand-Conseil de la Roue, relativement à la couleur
de l'enduit corporel dont il convient de vous teindre.
-De me teindre ? s'enquit pour la seconde fois
l'étrangère.
-Sans doute dans votre pays ignore-t-on aussi ce que
sont se laver et se teindre ?
-Se laver, je sais ce que vous voulez dire, mais se
teindre je n'en ai pas la moindre idée.
-Etrange nation, conclut-il, je n'aurais jamais cru à
pareille impudeur même du plus primitif des peuples.
Mais voici la baignoire à lessive !
Liliana n'est
qu'au début de ses découvertes dans ce monde si
étrange où elle vient d'échouer, pour connaitre la
suite de ses aventures il faudra vous rendre chez
votre libraire habituel...
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