Extraits de la Postface de Joseph ALTAIRAC,

pour la réédition de "L'Ile sous cloche" par la Coop Breizh, en 2002

Pour désigner les auteurs de cette époque Joseph Altairac a repris une formule très heureuse:

..." les romanciers français des années quarante oeuvrant dans le domaine du "merveilleux scientifique", selon l'expression employée par Maurice Renard ..."

Il analyse la méfiance de Xavier de Langlais vis à vis de la science:

... Les Ilsouclochiens sont désespérés de ne pouvoir soulager la naufragée de son âme, et la perte de cette dernière constitue aux yeux de Liliana la pire des abominations. Le monde traditionnel symbolisé par Liliana et celui de la science représenté par la société de l'Ile-sous-Cloche sont radicalement incompatibles. On peut même se demander si l'arrivée de Liliana sur l'Ile-sous-Cloche n'a pas été favorisée par une puissance supérieure, qui, sans qu'elle le sache, l'aurait chargée d'une mission sacrée : libérer les âmes prisonnières?

... La crainte de la science n'a pas disparu de la science-fiction, loin de là. Mais elle prend souvent des formes un peu plus subtiles. Les sujets d'inquiétude ou d'interrogation ne manquent pas. Que nous réserve la généralisation de l'ingénierie génétique ? Il est légitime de s'en préoccuper. Gageons cependant que le principal danger qui nous menace n'est pas celui de l'apparition d'hommes-tournevis?


Le cri d'angoisse de Xavier de Langlais a sans doute perdu de sa pertinence. Mais la pure beauté horrifiante de sa prose demeure, et ne sera démodée que le jour où les hommes, devenus insensibles, auront détourné leur regard de l'oeuvre de Jérome Bosch. Ce n'est pas pour demain.

Joseph Altairac