Nicolas BAUDIN


( 1754 - 1803)

Baudin (Nicolas), né à l'ile de Rhé, s'engagea de bonne heure dans la marine, et servit d'abord sur des bâtiments de commerce à l'armement de son oncle Peltier Dudoyer. On ne sait pas positivement à quelle époque et de quelle manière il passa dans la marine militaire. On croit, cependant, qu'il y fut compris avec le grade de sous-lieutenant de vaisseau lors de la nouvelle organisation qu'elle reçut, en 1786, du maréchal de Castries, ministre de ce département. Quoi qu'il en soit, Baudin fut, plus tard, nommé capitaine de vaisseau par le Directoire et dans les circonstances que nous allons raconter.

Quelques années après, le premier Consul le choisit, sur la proposition de l'Institut, pour commander, au nom de la France, une nouvelle expédition dirigée vers l'Océan Pacifique.
Le but spécial de cette expédition était de reconnaître, avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusque-là, les côtes de la Nouvelle-Hollande, dont l'immense étendue laissait encore un vaste champ aux explorations, même après les travaux de Tasman, Dampier, Bougainville, Cook et d'Entrecasteaux.

Tous les moyens avaient été pris pour que Baudin réussît dans l'importante mission qui lui était confiée. Ainsi, on avait mis à sa disposition deux corvettes, le Géographe et le Naturaliste, et un nombreux personnel d'officiers, de savants et d'artistes, tous distingués, et dont quelques-uns même se sont, chacun dans leur carrière, illustrés plus tard. Il nous suffira de nommer, parmi les premiers, MM. Hamelin, Freycinet, Bougainville neveu, Milius, Saint-Cricq, Ransonnet, et parmi les seconds, MM. Bory Saint-Vincent, Péron, Lesehenaut de la Tour, Dumont, Lesueur, Petit et Milbert.

Avant la Révolution de 1789 ou dans les premières années de ce grand événement politique, il avait accepté de l'empereur d'Allemagne, François II, le commandement d'un navire expédié de Livourne dans l'Inde pour y faire des recherches sur l'histoire naturelle. Lorsqu'il fut de retour de ce voyage, il trouva la France en guerre avec l'empereur, et au lieu d'aller rendre à celui-ci la magnifique collection qu'il rapportait de l'Inde, il n'hésita pas à en faire hommage au gouvernement de son pays. Le grade de capitaine de vaisseau fut, comme nous l'avons dit, la récompense qu'il reçut, à raison de ce fait, du Directoire..

Plein d'une confiance que tant d'éléments de succès lui inspiraient à si juste titre, Baudin mit à la voile le 19 octobre 1800. Malheureusement, les ennuis, les privations et les souffrances d'une longue navigation, et, il faut le dire aussi, le caractère peu facile du capitaine, ne tardèrent pas à amener, entre ses compagnons et lui, un refroidissement qui fit place ensuite à une brouillerie ouverte. L'expédition se ressentit nécessairement d'un pareil état de choses, et des maladies terribles s'étant en dernier lieu déclarées, il fallut l'abandonner avant son achèvement. Baudin mourut à l'Île de France des suites des fatigues de ce long voyage sur le chemin du retour, le 16 septembre 1803, heureusement entouré de l'affection de son cousin Louis Peltier et de l'épouse de celui-ci.
Bien qu'il n'eût pas terminé sa mission, ce navigateur n'en a pas moins mérité de la science. On lui doit de précieux renseignements sur la grande baie des Chiens-Marins, et une reconnaissance exacte de presque toute la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande. Mais la principale découverte de son voyage est celle de la côte sud-ouest de cette grande île, depuis le détroit qui ]a sépare de la terre de Diémen jusqu'à l'extrémité orientale de la terre de Nuyts, reconnue peu auparavant par d'Entrecasteaux.

"Le Magasin utile" , pages 455 & 456, N°15 (?), 1853.


Tugdual de LANGLAIS