Jean PELTIER-DUDOYER
1734 - 1803

La famille Peltier ou Pelletier est originaire de l'Aunis, avec des ramifications à Batz et à l'île de Ré, où d'ailleurs en 1734 est né Jean. En 1758 Jean PELTIER, alors "maître es-art", épouse à Gonnord (49) Gabrielle, Marie DU-DOYER, fille du Procureur fiscal du lieu. Il est fils de négociant (ce mot couvre une large activité dans le commerce maritime à l'époque), le couple s'installe à Nantes, où Jean Peltier pour se distinguer des autres Peltier se fera appeler Peltier-Dudoyer, il était déjà "Dudoyer" par le mariage d'un de ses ancètres avec une Dudoyer.

En 1765 le nom de J. Peltier-Dudoyer figure sur le brouillon de la liste "Poujet" associé à celui de Fremont constructeur de bateaux, habituellement seul le constructeur apparaît dans la colonne des vendeurs (
on peut imaginer qu'étant à ses début Jean Peltier, juste en capitaux, ait proposé au constructeur de devenir associé de ce bateau). Le premier bateau que l'on trouve armé par lui est la Diligente en 1771 pour la Guinée, ainsi 16 voyages "triangulaires" s'échelonneront dont 12 entre 1771 et 1775.

Il s'enrichit rapidement, on trouve son nom dans la liste des principaux armateurs nantais (A.D. de L.-Atl., registre des classes):

45 armements pour un tonnage de 15.245, entre 1771 et 1786.

Preuve de sa réussite, habitant d'abord quai de l'Hôpital (devenu quai Moncousu), il s'installe ensuite dans les nouveaux immeubles de "La petite Hollande" sur l'île Feydau. Franc-maçon de la Loge St Germain du Grand-Orient, il était ouvert aux idées nouvelles tout en s'assimilant à la noblesse qu'il jugeait pourtant parasite... C'est un homme solide qui attache beaucoup d'importance à l'éducation de ses enfants, Jean-Gabriel disait: "Mon père me fit devenir vieux à force d'études lorsque j'étais jeune".


Ses fils font leurs études chez les Oratoriens, un des meilleurs collèges de l'époque, les élèves y participaient à des exercices littéraires et des diversiments dramatiques. Cet environnement va favoriser le développement de la personnalité de ceux-ci, l'un deviendra journaliste-pamphlétaire, l'autre corsaire, et un autre, à moins qu'il ne s'agisse d'un neveu, sera négociant.

Benjamin Franklin (Musée Dobrée)

Dès 1771 Jean Peltier s'occupe à Nantes du transit d'armes, destinées à la Marine pour les ports de Rochefort et Lorient, en provenance de la manufacture Royale de Saint-Etienne, dirigée par Jean-Joseph Carrier de Monthieu. Une position privilégiée qui n'échappera pas plus tard aux amis de Benjamin Franklin.

Convaincu à la cause américaine par Benjamin Franklin lors de son passage à Nantes en 1776, en relation avec Beaumarchais, ils vont envoyer des armes aux "insurgents" avant que la France ne décide d'intervenir ; pour contourner les interdits royaux les armes seront d'abord exportées vers les Antilles, puis transbordées sur des caboteurs vers les Etats-Unis. Pendant les 3 années qui vont suivre le nom de J. Peltier-Dudoyer est fréquemment cité dans la correspondance de Benjamin Franklin.

Juin 1776, le roi prête à Beaumarchais 1 million de livres tournois, avec un prêt équivalent du roi d'Espagne, Beaumarchais crée la Sté d'armement "Roderigue Hortalez & Cie" dont un des associés est Monthieu. Devant la pénurie de bateaux, Beaumarchais est obligé de s'adresser à des armateurs de métier, c'est ainsi que Jean Peltier-Dudoyer devient correspondant de Beaumarchais à Nantes et associé dans des affaires ponctuelles. Il s'en suivra un échange de nombreuses lettres entre eux et également avec Theveneau de Francy, fidèle collaborateur de Beaumarchais.


Entre 1778 et 1782, période la plus florissante pour Jean Peltier-Dudoyer, avec 7.205 tonnes de frêt, il était le plus important armateur de Nantes, doté d'une flotte récente (moyenne d'age 2 ans), il joua de malchance 13 navires furent pris par les Anglais ! dont le bateau corsaire Le Zéphir qu'il avait armé pour accompagner le Fier Rodrigue. Les rôles des bateaux aussi connus que L'Amphytrite, La Belle Eugénie (du nom de la fille de Beaumarchais) ou Le Bonhomme Richard ont comme armateur: Pelletier-DuDoyer !
En 1781 il diversifie son armement au profit de l'Isle de France (Ile Maurice) où il expédie 5 bateaux que le roi de France lui rachète au Cap de Bonne Espérance, suivant un accord prévu d'avance. Ces bateaux ravitaillaient les escadres militaires dans l'Océan Indien.

Au cours de toute cette période il embarque de nombreux neveux qui vont se révéler de bon marins.
Beaumarchais, écrivain et armateur
L'association avec Monthieu qui avait pu être fructueuse au début s'est révélée catastrophique, Beaumarchais critiquera sévèrement Montieu: "Que Dieu me préserve de jamais compter sur lui pour rien ... C'est un étrange ami que notre ami !"

Il s'associe également avec son gendre Michaud, avec Carrier (ou Carié) pour le Comte d'Angevilliers, le Comte d'Estaing, et le St Rémy. Le Saint-Rémy est un bateau très connu dans le monde des Acadiens (et des historiens) : il fut l'un des sept navires avec le Bon Papa frétés pour le compte du Roi Charles III d'Espagne afin de transporter les Acadiens qui désiraient partir pour la Louisiane en 1785. Lors d'autres voyages, notamment celui de 1783, il embarqua des Acadiens comme membres d'équipage, dont certains désertèrent.

"La petite Hollande à Nantes"

Comme beaucoup de négociants Jean Peltier-Dudoyer a des intérêts à Saint Domingue, acquis volontairement ou en compensation des avances non remboursées par les colons..., ses correspondants, les frères Mayer (ou Minyer), s'occupaient de ses affaires sur place.

Quand son fils ainé Jean-Gabriel atteint 25 ans, nous sommes en 1785, son père lui établit une procuration chez le notaire nantais Jalabert afin d'ouvrir une banque à Paris avec Etienne Carrier . L'intelligence de son fils a du lui masquer ses défauts, de plus la période est difficile, fin décembre 1787 leurs livres sont mis sous scellés ! Ils étaient victimes de la faillite retentissante de Baudard de Saint James, trésorier de la marine et bailleur de fonds de leur banque avec de La Valette. Baudard, voulant rivaliser avec le Comte d'Artois, s'était ruiné en construisant une "folie" (qui existe toujours) en bordure du bois de Boulogne.

En 1788 Beaumarchais est nommé "syndic de leurs créanciers réunis".
C'est pour Jean Peltier le début de sa ruine, toujours "grâce" à Jean-Gabriel et à ses écrits il doit à 56 ans s'exiler aux Indes pendant la période révolutionnaire (1790 à 1792), ce qui n'a pas du lui faciliter le suivi de ses affaires. Puis c'est la perte de ses biens à Saint-Domingue ! qu'on peut estimer à 100.000 livres. Jean Peltier du Doyer mourra à 69 ans le 6 ventose an XI (1803) à "La petite Hollande" (Nantes) ne possédant plus que 4.000F de biens, mais ayant réglé toutes ses dettes, comme le prouve le jugement de réhabilitation du tribunal de Rennes en 1788. Le même mois décédait sa fille Françoise Michaud et un de ses fils, sans doute d'une épidémie de variole, d'après Jean-Gabriel leurs biens furent mis sous séquestre par Napoléon en représailles du procès de Londres.

L'armement Peltier ne survivra que grâce à François Michaud, ne possèdant plus de capitaux les Peltier vont devenir Capitaine de navires, comme beaucoup de descendants d'armateurs.


---------------------------- ----------------------------- -------------------------------Tugdual de LANGLAIS

Découvrez le livre sur Jean Peltier Dudoyer qui vient de paraître "L'armateur préféré de Beaumarchais", Coiffard Édition

SOURCES:

"Le commerce colonial Atlantique et la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique 1778-1783"
Patrick VILLIERS,

"J.-G. PELTIER, un journaliste contre-révolutionnaire", Hélène MASPERO-CLERC,

"Annales de Bretagne" Tome 74, de Léon ROUZEAU.
"Aperçu du rôle de Nantes dans la guerre d'indépendance d'Amérique"